Peter Reid prend sa retraite
«Plus de triathlon pour moi.»
Le ton est sans équivoque, mais il y a un peu de tristesse dans la voix de Peter Reid. L'une des figures les plus populaires de l'histoire de ce sport annoncera sa retraite dans les prochains jours. Le Montréalais exilé en Colombie-Britannique a pris la mesure du programme d'entraînement auquel il devrait encore une fois se soumettre s'il voulait conquérir, pour la quatrième fois, le Ironman d'Hawaii, l'un des titres les plus convoités des sports d'endurance d'un jour.
Reid est arrivé à l'évidence. Il n'y a plus d'eau dans le puits. «En mai, j'ai participé au triathlon de Sainte-Croix. Quand le départ a sonné, je suis resté debout, les pieds dans l'eau, plutôt que de plonger tout de suite. Des spectateurs ont même remarqué mon hésitation. Ils pensaient que je voulais les faire rigoler.»
À 37 ans, Reid compte parmi les favoris pour remporter la classique hawaiienne en octobre prochain et sa bourse de 100 000 $. Mais la tête est fatiguée. Le corps aussi. Même au sommet de sa forme, on ne court pas sans souffrir un marathon en 2h48 minutes après avoir nagé 3,8 km et pédalé 180 km.
Plus que tout, ce sont les huit mois d'entraînement qui précèdent la compétition qui font le plus mal. «Se préparer dans le but de gagner un Ironman fini par dépasser l'entendement. J'adorais l'entraînement, plus que les courses elles-mêmes. Mais plus maintenant. J'enfile mes cuissards, puis je traîne dans la maison durant des heures. Ça ne me tente plus de souffrir.»
Le triathlon perd un gros morceau. Le sport canadien aussi. Élu athlète de l'année au pays en 1998, Reid fait preuve depuis 10 ans de la constance du métronome. Neuf fois, il a terminé parmi les cinq premiers au championnat du monde d'Hawaii, remportant le titre de l'épreuve mythique à trois reprises. Seuls les Américains Mark Allen et Dave Scott, qui ont dominé le sport jusqu'au milieu des années 1990, comptent plus de victoires que le Canadien. Ajoutez à cela une flopée de victoires dans des épreuves satellites, dont le Ironman Canada, et vous avez une légende vivante qui s'ignore.
Voilà peut-être le secret de la réussite de Reid. L'humilité. Ou est-ce l'orgueil et le doute perpétuel? Plus de 15 ans ont passé depuis qu'il a eu la piqûre du sport au triathlon du mont Habitant, à Saint-Sauveur. Il a connu le succès rapidement, mais l'athlète n'a jamais rien tenu pour acquis. On raconte encore comment, en 2003, déterminé à remporter un troisième titre à Hawaii, il s'est installé sur la grande île, dans une baraque infestée de souris à 2000 m d'altitude sur les flancs du volcan éteint Mauna Kea. Comme un ermite, il s'y est entraîné pendant des semaines, avec comme seule source d'électricité une batterie solaire.
Cette année-là, le Québécois a gagné par six minutes, une petite éternité.
Sa dernière victoire. Qu'à cela ne tienne, ses plus sérieux rivaux, européens pour la plupart, reverront Reid cet automne à Hawaii. Mais qu'ils se rassurent. Reid a offert ses services en tant que bénévole à un poste de ravitaillement de la portion de course à pied. «Pour redonner un peu au sport ce qui m'a été donné. Pour faire encore partie du show aussi», dit-il. Et pour écrire pour de bon le mot de la fin à un chapitre de sa vie.